Léon le paon nous avait déjà habitué à nous en faire voir de toutes ses couleurs en pavannant devant sa femelle.
Léon, le paon fait la roue
Le paon male ((Pavo cristatus)) de ses vives couleurs attire la femelle. (Crédits JF Doucet)
C’est dire que le jeu des couleurs était connu depuis longtemps à l’Hermitage.
Cercle chromatique de E. Chevreul
Représentation circulaire des couleurs de 1864 dans son livre "Des couleurs et de leurs applications dans les arts industriels", développant sa théorie publiée en 1839, "De la loi du contraste simultané des couleurs"
La lumière y est si particulière que des peintres s’y sont laissés prendre. Ils ont potassé leur petit Chevreul [2] illustré pour les faire résonner entre elles. Désormais une couleur sur une toile donnait une nuance à sa voisine. Elle pouvait l’éclairer ou la salir comme lorsqu’un jaune placé près d’un vert prend une nuance violette.
Coq de pêche
Les couleurs du "coq de pêche" sont très appréciées des pècheurs à la mouche (Crédits jF Doucet)
Les couleurs cessaient définitivement d’être autant de fines pellicules plaquées sur la réalité. Déjà Goethe avait fait de la pratique des couleurs une belle théorie physiologique. [3]
Cercles des couleurs de J.W. Goethe
A gauche, les Jaunes et les Rouges sont purs. A droite, les Rouges et les Pourpres sont obscurs. (Crédits J.W. Goethe. Aquarelle. 1808. Goethemuseum, Hochstift.)
Selon lui, deux tendances extrêmes organisent le spectre des couleurs. A un bout, le jaune s’approche de la lumière. De l’autre, le bleu est bien sombre. Entre les deux, toutes les autres couleurs se rangent d’elles-mêmes.
I. Newton [4] du coté de la Science l’avait décomposée. Après lui, la lumière blanche ne restera pas pure : elle est composées des 7 couleurs visibles de l’arc-en-ciel. Exactement comme les 7 notes de la gamme sur une corde vibrante, elle est décomposée par le prisme.
Décomposition de la lumière blanche
Newton montre, en 1676, que la lumière blanche du soleil se décompose au passage d’un prisme parce que chaque composante de la lumière a un coefficient de réfraction fonction de sa longueur d’onde.
Du coup, la crête du coq de Maurice n’est plus rouge par lui-même mais ne se voit rouge que parce qu’il absorbe toutes les autres couleurs de la lumière blanche du soleil.
Vision de la couleur rouge
La crête du coq absorbe toutes les couleurs exceptée le rouge
Des peintres jouent leurs gammes à l’Hermitage
Pas étonnant que les peintres aient ramassé la mise pour innover vraiment. Ils laissaient à leurs amis photographes [5] le soin de fixer les portraits. Enfin libres, ils prenaient du recul par rapport à la nature des paysages. Désormais, c’était leur vision des choses qui irait sur la toile. Pures sur leurs palettes, les couleurs résonneraient entre elles une fois étalées. De fait, une fois peintres et paysages disparus, elles se font encore écho sur le tableau comme les notes d’un accord de la gamme.
Les Potagers de l’Hermitage
Les restes d’une agriculture autrefois prospère (Crédits B. Levesque)
Les premiers radis
(Crédits B. Levesque)
Le chevalet de C. Pissarro les pieds dans l’eau
C’était sans compter avec les aléas climatiques qui allaient opposer la théorie à la pratique. Au moment de démontrer par A + B aux enfants des écoles ce que C. Pissarro avait vu, la pluie s’était mise à tomber. Le quartier reprenait le dessus avec la montée des eaux. La nappe phréatique affleurait de nouveau. Mais expliquer à de jeunes cerveaux les crues de la ravine, c’était très compliqué. Les enseignants craignaient d’être trainés dans la boue. Les bottes en caoutchouc des bambins n’y faisaient rien. Les Rendez-vous aux Jardins tombaient à l’eau.
Le chevalet de C. Pissarro les pieds dans l’eau
Un record de pluies tombaient juste avant les Rendez-vous aux Jardins (Crédits JF Doucet)
Les asperges inondées
Les asperges de Gaby sont sous l’eau (Crédits JF Doucet)
Quelques classes se hasardaient à se risquer quand même. Entre deux trombes d’eau, C. Pissarro montrait encore son intérêt.
Une classe oublie la pluie
(Crédits JF Doucet)
A l’endroit où le peintre à posé son chevalet
Les enfants apprennent à faire coïncider le tableau et le paysage qui a inspiré le peintre il y a plus de 100 ans (Crédits JF Doucet)
Les rosiers de Gaby inondés
L’eau de la nappe phréatique s’accumule dans un potager (Crédits JF Doucet)
Expression corporelle
Chorégraphie : Blin, I. Cadmium Cie
Comparés au temps maussade, les coquelicots reprenaient des couleurs. Pour un peu, C. Monet exposait ses fleurs à l’Hermitage !
Coquelicots après la pluie
Evocation des coquelicots de C. Monet (Crédits JF Doucet)
Coquelicots à Argenteuil
C. Monet.- Coquelicots à Argenteuil.(1873). Huile sur toile 65x50 cm. Musée d’Orsay
Brigitte Goupil tord, déforme, soude, verres et céramiques de récupération.
Brigitte Goupil - Arbre à palabre
(Crédits JF Doucet)
Brigitte Goupil - Scupture métallique
(Crédits JF Doucet)
Brigitte Goupil -Scuplture en acier verre et céramique
La Grande Silhouette et le Fétiche (Crédits JF Doucet)
Brigitte Goupil - Sculptures
"Les petits êtres" (Crédits JF Doucet)
Brigitt Goupil - Sculptures
Le Fabulo Serpentin (Crédits JF Doucet)
Lionel Buchet - statuette
(Crédits JF Doucet)
Lionel Buchet - statuette
(Crédits JF Doucet)
Lionel Buchet - statuette
(Crédits JF Doucet)
Lionel Buchet - statuette
(Crédits JF Doucet)
Caroline Taffoiry qui s’était faite connaître par ses playmobils nous surprend cette année avec des sculptures en papier mâché qui se jouent de la couleur.
Sculpture en papier mâché
Caroline Taffoiry - Scuplture (Crédits JF Doucet)
Sculptrues en papier mâché
Caroline Taffoiry se joue des couleurs du papier mâché (Crédits JF Doucet)
[2] Chevreul, de la loi du contraste simultané des couleurs -1839, Imprimerie Nationale, Paris,1889 633 p.
[3] Dans son ouvrage "Le Traité des couleurs"(Farbenlehre) J. W. von Goethe (1749-1832) publie vingt ans de recherche (de 1790 à 1823) sur la couleur.
[4] Isaac Newton , Lectiones Opticae…, voir A. E. Shapiro, Optical Papers of Isaac Newton, Cambridge University Press, 1984.
[5] Monet, Sisley, Pissarro, Renoir, Degas ont été accueilli par le photographe Félix Tournachon plus connu sous le pseudonyme de Nadar pour l’exposition du 15 avril 1874 au 35, boulevard des Capucines où la toile de Monet " Impression, soleil levant" a donné son nom au mouvement .