La maison du four à pain
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Rendez-vous aux Jardins 2019

lundi 1er juillet 2019, par Jean-francois Doucet

Hauteurs de l’Hermitage (Crédits P. Simon)
Aquarelle - Vue partielle des hauteurs de l’Hermitage vue du vieux cerisier dans le Canard

Marchand des 4 saisons ?

A longueur d’années, les potagers étaient devenus un musée à l’ancienne. Ils avaient conservé la tradition pour faire progresser la production. Les rendements exorbitants étaient laissés aux machines compliquées. Plus lents, les potagers, continuaient de faire simple à la main. A la force du poignet, ils domestiquaient la nature. Une fois dressée, elle nourrissait de nombreuses générations. De père en fils était une pépinière de virtuoses. A ce niveau, jardiner était devenu un un art de plein air très terre à terre .

Les enfants de Pontoise sur le motif
Les enfants des écoles de Pontoise à l’endroit même où C. Pissarro a posé son chevalet

Entre les plates-bandes petits et grands se donneraient rendez-vous pour défiler cet été. Il ne manquait plus que le thème national au tout dernier moment : il avait le temps de se révéler bien assez tôt. Entre temps chacun tissait sa toile là où C . Pissarro avait posé son chevalet. Ce ne serait plus les mêmes carrés ni les mêmes salades. Mais avec plus d’un siècle d’écart, le terrain était doublement artistique. Ses couleurs au cours de l’année enseignaient de nouveaux les 4 saisons. Disparues dans les supermarchés, elles faisaient surface sous les coups de pinceaux de C. Pissarro. Le temps à l’ancienne reprenait son tempo lourd et lent des siècles précédents.

Les potagers au printemps
C Pissarro.- L’Hermitage à Pontoise,
Huile sur toile, 91 x 150 cm, 1867. Wallraf-Richartz Museum, Cologne. ( - PDRS 119)
Les potagers en été
C Pissarro.- Paysage à L’Hermitage, Pontoise
Huile sur toile, 38 x 54 cm, 1876 (PDRS 434).
Les potagers en automne
L’Hermitage à Pontoise, neige (C Pissarro - PDRS 332)
C Pissarro.- L’Hermitage à Pontoise, neige
Huile sur toile, 48 x 65 cm, 1874, Museum Folkwang, Essen (Allemagne).(PDRS 332)
Les potagers en hiver
C Pissarro.-Paysage, effet de neige à L’Hermitage, Pontoise, Huile sur toile, 38 x 55 cm, 1874 ( PDRS 330)

Les toiles rappelaient si besoin en était la succession des saisons d’autrefois. Il suffisait ensuite de venir par moments constater ses effets. Les graines restaient plantées un temps sans montrer le bout de leur nez.

La vie dans le sous-sol
Les vers de terre (entre autres) contribuent à la régénération du sous-sol

C’est que le sous-sol autant que le sol poussait à la roue des saisons. Tout ce petit monde bossait en boucle pour se nourrir les uns les autres. Ils creusaient dans le sol des galeries pour l’eau de pluie qui, de ce fait, ne dérangeait plus personne. Bien installés, les vers de terre activaient la décomposition des végétaux et alimentaient les plantes en silence. Au vrai les emboucaner par la nappe phréatique n’était pas très finaud. Des efforts avaient été tentés pour ne pas les retourner comme des crêpes. Les labours peu profonds, avec le temps, avaient gagné du terrain. Par ce biais, le animaux aidaient les plantes à convertir tout le monde végétarien. Mille plants mûrissaient les uns après les autres. Puis, chaque plate-bande, sans le moindre palettiseur, livrait fruits et légumes. A son propre rayon, chaque jardinier se servait alors avec un peu de patience. Pour un temps, personne ne cédait plus à son moindre caprice. Pourtant, tout un chacun vivait très bien sans disposer constamment de tout-tout-de-suite sur le marché très libéral.
A force de progrès, la culture traditionnelle oubliait de se soucier des besoins élémentaires à couvrir. Un jardinage pour le plaisir faisait oublier le mauvais souvenir des famines d’autrefois. Elles n’étaient plus qu’histoire ancienne sur les écrans modernes PC très hors-sols. Les crises monétaires s’éclipsaient d’elles-mêmes : troquer ses plants dispensait de monnaies au cours devenus incertains.

Le troc aux plantes

Troc aux plantes
Troc aux plantes organisé par le Conseil des Sages (à l’entrée des Potagers de l’Hermitage).

Deux sages dames venaient l’organiser au moment des cerises. Le gâteau dessous arrivait du Chou de surcroît. Elles apportaient le troc sur un plateau d’argent. A coté de la balançoire pour les enfants, chacun viendrait échanger graines et plantes.

Quelques gouttes
Quelques gouttes font sortir les parapluies
Parapluies aux potagers
Après le troc aux plantes, un petit tour dans les potagers
Essais de permaculture
A côté de la culture maraîchère traditionnelle, culture bio et permaculture s’expérimentent dans les potagers

A coté, les écoliers pourraient venir illustrer le thème de cette année enfin révélé pour tout le pays : des animaux seraient modelés de leurs mains pour cadrer avec les vœux des nationaux. Déjà, les enfants, ne savaient plus très bien de quoi une vache avait l’air. Alors, il était grand temps que les dirigeants du pays leur remettent les pieds sur terre. Du même coup, les animaux modelés ou en chair et en os échappaient aux soucis alimentaires : leur compagnie était un véritable agrément.

Le paon de Benoït
Pavo cristatus

Pour une fois, l’Hermitage cadrait parfaitement avec les desideratas des hautes sphères. Loin de nourrir son homme, l’animalerie de Benoît régalait les yeux par un festival de sons et de couleurs.

La 6ème extinction en marche

La nature semblait réconciliée avec les cultivateurs : autrefois prédateurs des semailles aux moissons, les oiseaux, aux yeux des jeunes jardiniers, devenaient de précieux auxiliaires . Certains, absents, se faissaient remarquer : ainsi les moineaux sans explications manquaient à l’appel purement et simplement. [1]. D’autres, s’éloignaient pour un temps, et revenaient une fois leur blason redoré. Heureusement, les enfants les modelaient pendant qu’il était encore temps. Dans un futur lointain, il resterait au moins des figurines en lieu et place des disparus.

Moineau (en voie de disparition)
"Passer domesticus", bien moins nombreux dans nos potagers

Des copies conformes en argile se dispensent d’insectes pour sustenter leur vol évidemment. De plus, les survivants disposant de plus de place gagnent en audace : le merle était déjà moins farouche pour approcher les jardiniers.

Un oiseau peu farouche
Turdus merula

La Bergeronnette des ruisseaux menacée

Sur terre, en sous-sol et dans les airs, quelque chose avait définitivement changé : le plaisir pris à jardiner était trop beau pour ne pas être suspect. Il était grand temps de se rendre compte de ce qui allait se perdre.

Bergeronnette des ruisseaux
Motacilla cinerea, une espèce en voie de disparition
Une espèce rare parce que menacée : la Bergeronnette des ruisseaux
"Motacilla cinerea" filmée à l’Hermitage sous le pont de la Ravine près du Château des Mathurins
Pour un nid douillet
Le Jardin de la Bergeronnette fournit aux oiseaux de quoi rendre leurs nids douillets

Les oiseaux au moins avaient besoin d’être protégés. Heureusement, dans le quartier se nichait le refuge de la ligue de Protection des Oiseaux. Pour retenir les espèces menacées, l’association proposait de quoi calfeutrer leur nid douillet. Sur la liste rouge, à défaut de mieux, les oiseaux étaient donc assurés de figurer pour longtemps menacés.

La fee railleuse dans le Jardin de rocaille

A partir de ce moment, la liste rouge devenait l’envers de la médaille des succès indéniables du passé. La comptabilité énergétique mirobolante avait simplement oublié les déchets produits par toute transformation. Ils réapparaissaient alors dans l’opulence moderne : par récupération, ils servaient de matériaux nobles pour sculpter dur comme fer des statues d’animaux.

Animaux de fer
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Oiseau de ferraille
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Oiseau de ferraille
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Lapin aux longues oreilles
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Héron au plumage de céramique
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Plumage (détail)
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Oiseau d’acier
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski
Oiseau
Sculpture de Brigitte Goupil et Gilbert Kadyszewski

Transfigurés, les animaux revenaient de plus bas que terre : ils rappelaient les vers, les asticots et les limaces et toute la ménagerie empestés, paraît-il, par la nappe phréatique.

Le Jardin des Toits-Rouges

A l’attention du grand public, l’Association « Mine de rien » avait enjolivé ce travail souterrain. Plus rien n’apparaissait de derrière la façade. La chimie qui avait dopé les rendements de la terre jusqu’à saturation faisait grise mine : des statues lui sauvaient la face pour un bout de temps encore.

Insectes de métal
Insectes de métal de l’Association " Mine de rien "
Pantin de fer
Sculpture de l’Association "Mine de rien"
Animal sculpté
Sculpture de l’Association " Mine de rien "
Insecte aux yeux globuleux
Sculpture de l’Association " Mine de rien "
Bestiole multicolore
Sculpture de l’Association " Mine de rien "
Sculpture animalière
Sculpture de l’Association " Mine de rien "

Somme toute, la pollution, l’exploitation forestière, la chasse et l’urbanisation avait inspiré la création à bas coût de sculpture par simple récupération. En définitive, les sculptures venaient réparer les dégâts [2] causés par notre propre triomphe opulent et aveugle.

Le Jardin aux bananes

Les insectes avaient d’autant moins de becs à nourrir. Ils auraient pu profiter de la situation pour se refaire une santé : malheureusement, ils suivaient tous les animaux dans leur inexorable extinction . De ce fait, les fleurs gardaient leur pollen sans emploi. Le sol en décomposition restait en l’état. Les espèces nuisibles pouvaient s’en donner à coeur-joie.

Bananiers
Bananiers dans le Jardin aux bananes
Libellule d’acier
Sculpture de Clotilde Prévost dans le Jardin aux bananes
Une mouche sur la vitre
Sculpture de Clotilde Prévost sur la porte d’entrée du Jardin aux bananes

Un traitement de faveur en rappelait le souvenir : les sculptures snobaient les matériaux de récupération pour s’offrir du neuf négligemment.

Le Jardin de Françoise

Du coup, les animaux avaient presque complètement disparus du Jardin de Françoise

Le chat à la pipe
Les tableaux de Francoise sont simplement exposés dans le jardin, ici, sur un banc de bois.
Une fleur dans un fauteuil
Le jardin de Francoise est lui-même le lieu de l’exposition
Effet de neige en plein été
L’effet de neige en plein apporte un peu de fraîcheur
Une maison accrochée au mur
Sous la fenêtre, une maison est posée sur le mur
Une libellule sur une rose
Un tableau triangulaire supporte une libellule
Dans un champ de coquelicot sans le peindre
Le chevalet est planté dans les coquelicots
Travaux des champs
Dans le jardin, retour à la terre dans les champs

Seule une libellule figurait encore sur un tableau.

Le jardin de Florence

Personne ne sait si elle avait inspiré les écoliers de l’Hermitage. Mais les enfants avaient reconstitué tout le règne animal avant qu’il ne disparaisse tout à fait.

Arbre aux Libellules
Ecole maternelle de l’Hermitage : travaux d’enfants dans le Jardin de Florence
Le méchant loup et les petits cochons
Travaux de la 3ème classe de l’école de l’Hermitage
Récital de guitare
Fabien Vilpoix dans le jardin de Florence avec sa guitare
Chaine alimentaire
Présentation des travaux des enfants de l’école maternelle de l’Hermitage
Jardin des enfants
Jardin des enfants dans le jardin de Florence

Ces petits monstres d’inventivité, seront-ils moins prédateurs de la planète que leurs parents ? Composant alors avec la nature dès le jardin d’enfants, garderont-ils dans cent ans leur lopin de terre comme aujourd’hui la terre entière ?

On peut rêver : le Jardin d’Armelle

Ils y sont encouragés par des toiles très poétiques. Mais leur futur appartient pour l’instant aux étoiles.

Céramiques d’Annick Paillard
Deux oiseaux
Céramiques d’ Annick Paillard

Sur leurs vieux jours sur terre, ils garderont en tous cas quelques vestiges en céramique du temps où les oiseaux migraient librement.

Toiles et poème
Oeuvres d’Armelle Loisel
La poesie en peinture
Toile et poème d’Armelle Loisel

Maigre consolation de n’avoir qu’une copie des oiseaux originaux aujourd’hui encore bien vivants : à les voir, les enfants en profitent pendant qu’il en est encore temps.

 [3]

Notes

[1La 5ème extinction a eu lieu il y a 65 millions d’années lors de l’impact d’une météorite dans le Golfe du Mexique qui a entrainé la disparition, entre autres, des dinosaures.

[2en France, en 15 ans un tiers des volatils auraient disparu de nos campagnes

[3Remerciements
Animalerie
Modaine, B
Artistes exposants
Le Jardin de Bergeronnette.- Bories, JC.
Le Jardin des Toits-Rouges .- Bonnel, D. Association « Mine de rien »
Le Jardin de rocaille.- Faregna M et M. Goupil, B et Kadyszewski, G.
Le Jardin de Florence – Dia, A et Vilpoix, F.
Le Jardin d’Armelle – Armelle et Paillard, A.
Le Jardin de Françoise – Panthou, F.
Le Jardin au bananier – Prévost, C.

Les potes-agés
Arcival, D
Bouresche, M
Doucet, JF
Bénévoles
Sébastien et Valérie
Hérin, Cécile
Ville de Pontoise
Callandreau, AF. - Services Culturels
Gontran, B. -Enfants des écoles.
Conférencières
Marie-Emilie, Peggy.
Scolaires Ecole de l’Hermitage, PAC, Saint-Louis.
Informatique
Susinthiran Sithamparanathan
Troc aux plantes
Mme H. Rigault
Mme F. Panthou, Conseil des Sages, Secrétaire de l’Association des habitants du Chou
et tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué au succès de cette manifestation

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