La maison du four à pain
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Le papier se laisse écrire

vendredi 24 juillet 2009, par Jean-francois Doucet

Forcément au cours du temps, j’ai voulu mettre du papier pour assurer les arrières de mes dires. On raconte tellement vite n’importe quoi ! Tandis qu’ écrire dans la presse donne un vernis de vérité : les gens du voisinage y croient plus que par ouï-dire. Pourtant, écrire est une sorte de trahison des on-dits du Quartier. C’est rompre avec les silences qui, de tous temps, s’est cultivé à l’Hermitage ! C’est sauter le pas dans tout ce qui se conserve hors du bouche à oreille. Il en reste évidemment toujours quelque chose mais fixer un bavardage éphèmère ou une gravité sans mots dire n’a pas que des bons cotés. De toutes les manières le temps est tué après avoir tenté de vivre au jour le jour.

Les Silences de l’Hermitage

"Les Silences de l’Hermitage ” tentent de donner une représentation de la mentalité du quartier de l’ Hermitage à Pontoise où, enfant, j’ ai habité après la guerre. Le quartier portait encore les traces de l’ activité de peintres impressionnistes [1] comme C. Pissarro ou P.Cézanne ou le souvenir des derniers jours de V. Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Leurs toiles me donnaient l’ occasion d’évoquer les effets de l’industrialisation naissante sur les paysages d’ Ile-de-France choisis comme motifs de leurs tableaux. Ce faisant, je transcrivais la vie quotidienne de français ordinaires, ce qui correspondait aux conceptions de l’ histoire de F. Braudel, de l’ Académie auquel je soumettais le manuscrit. Touchant également à des notions de sociologie, j’ adressais le manuscrit à M. Mafessoli, professeur à Paris-Descartes qui s’y intéressait pour l’ histoire des mentalités populaires. Approfondissant ensuite l’étude des ruraux oubliés du quartier, en particulier de leurs habitations troglodytiques, j’écrivais un article pour le Bulletin de la Sociéte Archéologique Historique de Pontoise à partir des travaux de Jacques Dupâquier sur les pontoisiens. Mr Dupâquier, de l’Institut me recommandait d’adresser le manuscrit aux Editions du Valhermeil pour une éventuelle édition. Malheureusement, à ce jour, je n’ ai pas recu de réponse de cet éditeur pourtant spécialisé dans les travaux d’ histoire de l’ art ou locale. Des difficultés dues à la crise financière actuelle des Editions du Valhermeil ajoutées aux coûts prohibitif de reproduction des illustrations ( frais de copyright) m’enlèvent tout espoir de voir "les Silences de l’Hermitage "publié par leur soin.

Le progrès s’arrête à l’Hermitage

En revanche, un article plus court a été publié par les Editions du Valhermeil. La revue "Vivre en Val d’Oise" appartenait encore à Mme Défossez. Elle comprenait mes inquiétudes devant ce qui venait d’arriver : le mur du voisin, un beau jour, de février 1988 avait fait " Wou-plouf "me disait Anne-marie. Notre mur en mauvais étatElle craignait pour ses croqus, me disait-elle. Pour ma part, à 2000 km de l’endroit, je rêvais que la maison était précipitée dans le fleuve. Tous les murs étaient à refaire, le nôtre, le mur en contrebas qui donne dans les potagers. Etais sous le Chemin du Chou Du coup, pelles, pioches ont repris du service. Mais nos craintes ne se sont pas dissipées pour autant. Car ni le voisin ni la Mairie n’ont retroussé leurs manches : il s’agissait de montages financiers. Les risques étaient donc grands que les promoteurs immobiliers soient attirés par l’appât au gain. En tous cas, par leur entremise, le budget de la Mairie pouvait être dégrévé d’autant ! Des immeubles pouvaient être construits même si, de tous temps, les terrains ont été déclarés inondables. Il ne s’agissait pas de petites économies ! Et pour les sous, que ne ferait-on pas ! Aussi, de ma plus belle plume, j’ai exprimé mes inquiétudes. Sur le papier que je lui faisais parvenir, Mme Défossez imprimait sa marque. Depuis, le chemin des peintres, son idée, s’est concrétisé. Quant à nos murs en ruine, grâce à la Mairie, ils ne se sont pas écroulés. Nous avions eu chaud ! Mais la Mairie a consenti à débourser l’argent dû. Nous craignions le béton ! Entretemps les remparts s’étaient refaits. Est-ce une conséquence des sons et lumières juste à l’entrée de Pontoise ? Quoiqu’il en soit, nous avons eu droit aux vraies pierres !

L’Hermitage devient le Montmartre de Pontoise

Mais le coin de paradis sur terre n’en devenait que plus attractif ! Pour un peu, on aurait dit que le Tout-Paris rêvait d’habiter l’Hermitage : les voitures, depuis longtemps, règnaient en maître. Mais construire amenait un défilé permanent de camions. Sans y penser, les poids lourds font vibrer nos carrières d’un autre âge ! Une nouvelle fois, il fallait attirer l’attention sur le chemin des peintres. Si possible, il fallait conserver ce qui pouvait l’être encore. Une occasion d’écrire qu’ "Un rëve était remis en l’état à l’Hermitage ". Etait-ce une manière d’attirer les amateurs d’art ?

Ruraux oublies et habitants troglodytes

Pas précisément ! Une fois le rêve mentionné, l’histoire locale pouvait être creusée. Une tranchée s’ouvrait maintenant sous nos pieds : le souvenir d’habitants troglodytes alors que des maisons troglodytiques étaient encore habitées interrogeaient tout le quartier : les vignerons ou leurs journaliers de l’Hermitage habitaient-ils dans les carrières ? Telle était la question posée ! L’occasion nous était donnée de palier aux manques de traces laissées par cette culture de tradition essentiellement orale. Une étude de J. Dupâquier sur les Pontoisiens permettait de se faire une idée par déduction des habitants du quartier au cours des siècles. L’absence de trace des troglodytes se mettait à parler pour les chiffres comparatifs des vignerons ayant pignons sur rue.

Le four public renaît de ses cendres

Finalement Mr Poirier passant à Maubuisson, sa mutation nous empêchait de tourner en rond. Son adjoint passait archeologue en titre. Mr Hole ne voyait pas d’un mauvais oeil de faire ses preuves très concrètement. Le four public face au Chemin du Chou lui en offrait l’occasion : il était prévu de le remettre en marche. Dans une première étape, il devait être présenté au public pendant 1 journée du Patrimoine. Le four à Pain public C’était, semble-t-il la seule manière de le faire remarquer aux passants qui, pourtant, passaient devant chaque matin ou presque !

Notes

[1] Le prunier ayant servi de motif au célèbre tableau de C. Pissarro " Printemps. Pruniers en fleurs " n’a, par exemple, été brulé que récemment

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