La maison du four à pain
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Journées Européennes du Patrimoine 2018

vendredi 19 octobre 2018, par Jean-francois Doucet

Partager avec les copains [1] d’abord

L’Hermitage n’a pas attendu la mode de tout partager pour se lancer. Depuis 10 ans déjà, [2] 2 jours durant, les tâches se répartissent pour sortir le four de sa léthargie annuelle. Les sarments offerts par le vignoble de Saint-Martin fournissent d’abord une amorce de bois alimentaire. Les billots [3] livrés par la Commune chauffent ensuite à blanc la voûte sans débourser un sou. Le four est alors prêt à recevoir la pâte fraîche de la nuit : gracieusement, elle vient remplir les meubles boulangers prévus à cet effet. Pour la réfrigérer, un fil branché sur le courant de la voisine lui apporte l’électricité. Même l’eau, les premières années, venait de chez l’habitant pour plus de sécurité. Un extincteur professionnel n‘est venu de la Mairie qu’après. [4]

Le four de l’Hermitage
Pendant les 2 Journées Européennes du Patrimoine tables, chaises et tentes sont installées pour accueillir environ 600 visiteurs venus déguster le pain
Faconnage des pâtons
Savoir-faire ancestral de boulangerie
Grignage des pâtons sur la pelle
Savoir-faire ancestral pour donner forme aux pains cuits
Les braises tombent dans un charriot
Un charriot est utilisé pour évacuer les braises.
Rien ne se gâche
Vieille de plus d’un demi-siècle, la brouette qui récupère les cendres après cuisson a été réparée par Ph Doucet

La brouette de récupération des cendres est évidemment garantie d’époque : elle a été rafistolée cette année pour ne rien gâcher [5]du tout.

Pains du patrimoine dans le four de l’Hermitage
Du pain cuit 2 siècles (au moins) après la construction du four
Pain du patrimoine
Environ Le samedi 40 pains et le dimanche 60 pains de 400 g sont cuits dans le four de l’Hermitage

Total résultat, le pain est offert aux premiers passants venus se mettre une bouchée sous la dent. [6]. Il suffit de tendre la main pour avoir son morceau. Sans le lâcher, en grignotant, chaque visiteur pivote sur ses talons. Face au four, son estomac dévore des yeux le mur d’en face. A la voisine, il affiche tout le quartier à qui sait regarder.

Des informations autour du four
Les visiteurs ne se nourrissent pas seulement du pain :des informations sur le quartier passé et actuel sont présentés au public par F. About et F. Dassé.
Storyboard de N. Blin
N. Blin, artiste peintre expose quelques exemplaires de son " storyboard" inspiré par le quartier

Quand on n’a que le ciel et le soleil à offrir en partage

Pour un temps, le quartier pratique ce qu’il a toujours connu : entre voisins, un prêté pour un rendu, permet de survivre bon an mal an depuis la nuit des temps. Sans le savoir, le quartier fait comme partout en Europe : sans élucubration plus haut que terre-à-terre chacun couvre ses besoins élémentaires. En partage, un savoir-faire s’ hérite d’âge en âge : pas étonnant donc qu’il se transmette de bouche à oreille depuis longtemps. Après, naturellement, chacun a su lire et écrire pour se passer la pratique sur du papier. Devenue théorie, à la force du poignet, elle élève le quartier à l’échelon national. Par ce biais, il monte en grade quoi qu’il arrive. Après l’ascension sociale, il se hisse au plus haut niveau. Tout d’un coup, la contamination atteint l’Europe entière. Partager est devenu la coqueluche de l’année. C’est à se demander s’il ne manque pas un peu d’imagination dans les hautes sphères. Elle est pourtant nécessaire pour envisager le bien commun. Sinon, seuls l’air ou le soleil se partagent gratuitement.

Sans payer pourtant, un coin d’un hameau ancien se dévoile. Le pain n’est que l’occasion qui fait le larron : il est ce qui reste d’un monde en voie de disparition. Il prend son temps puisqu’il a la vie devant soi. D’ailleurs, bien vivant, il fréquente à deux pas pour envisager un avenir. Une fois la promise trouvée, sous la couette avec elle, un lopin de terre donne la permission. Les enfants nés de cette façon survivent avec souvent de quoi manger. Il suffit de rentrer dans le rang comme de tous temps. D’ailleurs, sans mettre tous les œufs dans le même panier, le quartier a plusieurs cordes à son arc. Pour s’en tirer, la vigne fait merveille le long du coteau bien exposé.

La France de plus en-bas que terre

Tout a commencé depuis belle lurette puisque l’eau est abondante de tous les côtés. L’Oise ou la Ravine alimentent la nappe phréatique. En sous main, elle dispense de mettre de l’eau sur les épinards. Les terrains, eux, sont proches des falaises faciles à creuser pour se loger. Probablement, certains ont pensé faire mieux avec l’extraction des pierres : mais les transporter n’allait pas de soi : par bateaux ou sur des charrettes, dépasser les 20 à 30 km devenait impensable. [7]. Les calcaires du quartier ne méritaient pas de bâtir les constructions royales.

A défaut de chaumière, la roche pouvait abriter sous terre. Il suffisait d’une cheminée pour pendre la crémaillère. Le petit bétail faisait le reste pour se chauffer. Puis, les temps prospères faisaient sortir des cavités. Bâtir en dur devenait le domaine du possible. Du coup, la “carrière demeurante” servait encore à quelque chose. Avec un four, elle trouvait à se nourrir. Le tour était joué : chaque troglodyte s’offrait un four flambant neuf.

Un groupe intéressé par le troglodytisme
Non loin du four, un groupe guidé par Marie -Émilie Porrone, se voit présenté le troglodytisme de l’Hermitage

Désormais sa demeure servait de remise où conserver ses outils de travail. Lui, avec le temps, s’équipait d’animaux de traits. De journalier, il devenait laboureur avant que le progrès menace l’avenir du cheval. L’industrie avançait à grand pas. Elle habituait les cultivateurs à mécaniser leurs outils à mains. Ils conservaient pourtant des habitudes acquises : les faucheuses-lieuses n’allaient pas aussi précis récolter les recoins. Ils y trouvaient plus de grains à glaner pour leurs poules.

La vigne pour sa part a donné son comptant de Ginglet, vin de soif pour couper l’eau de ses miasmes.

Raisin de l’Hermitage
Quelques pieds de vigne restent d’un quartier viti-vinicole autrefois prospère

Cet état de faits ne pouvait pas durer : il a fallu que le phylloxera s’en mêle pour avoir raison de la vigne.

Disparition spontanée du phylloxera
Le Patriote de Pontoise 26 août 1880

Même planté en fruitier, le quartier ne faisait plus le poids : pour vivre, il fallait se placer dans les marchés hors du quartier.

Tout est alors allé si vite que personne ne prenait plus le temps de partager. Tout le monde avait les moyens de s’équiper. Chacun engoncé dans sa voiture dépassait son voisin sans vraiment le voir. Lui passer les nouvelles devenait inutile. Les journaux les colportaient à domicile chacun chez soi. Puis la télévision a monopolisé le peu d’attention qui restait pour causer. Finalement, les congés payés se prenaient par avion. Le pain du patrimoine devenait bretzel, bagels, blinis, pumpernickel ou broa de milho ou même ciabatta.

Une fois les vacances passées, l’opulence faisait son entrée triomphante.

La pizza mise au four
Les ingrédients fournis par chaque bénévole sont incorporés sur la pizza du dimanche soir.
Après le pain, une pizza
La chaleur emmagasinée dans le four après la cuisson du pain est utilisée pour cuire une pizza à four ouvert

Mine de rien, le quartier avait troqué son pain quotidien pour une pizza globale.

 [8]

Notes

[1étymologiquement vient du latin "cum panem", companicum désignant alors les mets qui accompagnent le pain, d’où le compagnon et le copain.

[2en fait, en 2008, seuls des commentaires étaient livrés devant le four, le pain du Vexin étant fourni par le Château de Villarceaux.

[3A côté du lenandier chargés de l’approvisionnement en bois, le fournier, allumait le four et enfournait les pâtes tandis que le poustier allait chercher les pâtes et ramenait les pains cuits.

[4Jusqu’à une date récente, les habitants étaient pour leur propre quartier des “soldats du feu bénévoles”. Lors d’un incendie, la répartition des tâches pour alimenter en eau la pompe allait de soi.

[5On reconnaîtra là une pratique ancienne de l’économie circulaire

[6Selon toute vraisemblance, le four de l’Hermitage, comparable aux autres fours du quartier, date du début du XIXème siècle (seul le four de la Maison du four à pain est attesté)

[7Que F. Dassié soit ici remercié de ces précisions

[8Remerciements

Bénévoles

Albanese M (pizza) et L (chauffage),

Dahlgren B (logistique),

Doucet F,

Doucet JF,

Doucet Ph,

Doucet-Dahlgren A-M (logistique),

Hérin C (et sa maman),

Lahaxe-Gloaguen, S,

Blin, N.

Mme Lambert, C (pour l’autorisation d’utiliser le mur de sa propriété).

Boulangers

Doisneau, M. 

Valadon, J.

Foubert, M. 

Organisations :

Service Culturel de la Mairie de Pontoise : Callandreau, AF.

Service Technique de la Mairie de Pontoise : env. 2 stères de bois

Office de Tourisme : Marie -Émilie Porrone, conférencière.

Talmeliers de l’Ile-de-France .

Commune Libre de Saint-Martin : M. René Bazot, Président

Exposition

Dassé F. "Le passé troglodytique de l’Hermitage".

About F. " L’Hermitage" un jeu d’enfant.

Blin, N. "Parcours sensible à l’ombre de C.

Pissarro"

Commerces

Ets Arson, (place du Grand Martroy) la pâte du samedi et du dimanche.

Officiels

Seimbille, G. Maire-Adjoint de Pontoise.

Stein, P. Conseiller Municipal de Pontoise.

Remerciements à plusieurs centaines de visiteurs qui ont fait le succès de cette manifestation.

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