La maison du four à pain
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Les Journées Européennes du Patrimoine 2015

mardi 13 octobre 2015, par Jean-francois Doucet

Un ciel serein sans coup de tonnerre

Cette année, les autorités avaient montré du doigt le soleil. L’astre à regarder était "une histoire d’avenir ". Les hermitagiens avaient fixé le ciel en oubliant le doigt. Mais, à l’horizon , les aléas du climat pointaient le bout de leur nez sur le quartier. Personne (ou presque) ne voyait d’où les tempètes, les canicules ou même les tornades pouvaient venir : le ciel sans un nuage trompait son monde. Les intempéries, paraît-il, allaient changer notre mode de vie. L’Hermitage aurait moins d’énergie qu’avant. Son prix, en tous cas, aurait des hauts et des bas. Les bouches à nourrir seraient pourtant encore plus nombreuses. Aux migrants fuyants les guerres viendraient s’ajouter les réfugiés climatiques. Ils arriveraient avec armes et bagages changer jusqu’à la religion. L’Hermitage ne croirait plus dur comme fer à son avenir au XXIème siècle.

Un quartier qui fait l’Histoire sans faire d’histoires

Pourtant, le sens de l’histoire avait déjà donné des signes avant-coureurs. Le four ayant donné entière satisfaction, sa cheminée devait être modernisée. Au départ, la fumée léchait la falaise du bout de la langue sur une dent creuse : de ce fait, la roche était noire comme du charbon. Et le tirage n’était ni fumeux ni fameux.

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La fumée lèche la falaise
Le conduit de la cheminée ne canalise pas toute la fumée (Crédits B. Levesque)

Alors déboucher le conduit était, comme une carie dentaire, devenu une priorité majeure. Une tige de ferraillage [1] pénétrait toute la hauteur sur 6 m. Une fois le trou repéré, une barre à mine dégageait le conduit. Le ciel bleu alors se voyait d’en bas. Mais il ne fallait pas regarder trop longtemps : par gravité, des petits gravillons s’étaient mis à tomber. Du coup, une grille de sécurité devait tamiser l’effritement du conduit. De plus, un malentendu s’était probablement glissé dans l’opération : les petits cailloux tout à fait inoffensifs étaient déformés en grosses pierres tombant de la falaise. Du coup, le four devait être totalement sécurisé pour éviter d’endommager les voitures garées en contrebas. Même assurés, les véhicules remettaient en question l’arrivée du public. Dans le doute, les bureaux alarmés s’abstenaient d’écrire le programme des fêtes sans pointillés. Dès le départ, les voisins avaient pourtant compris qu’une tente amortirait la chute des plus gros morceaux. Ainsi, bon an mal an, la confusion avait octroyé au four de l’Hermitage une protection quasi-totale. Le conduit de la cheminée une fois à l’air libre, l’injonction était claire et limpide : la fumée passerait dorénavant là où la tige débouchait dans les taillis du dessus. Le calcul était juste à un détail près forcément. Par l’ouverture ainsi retrouvée, la pluie arrachait de petites pierres au conduit. Il était temps de limiter les dégats pour préserver le four. Pour ce faire, un chapeau devait être posé qui laisserait monter la fumée en empêchant la pluie de tomber. Pour le poser, une échelle devait être dressée pour l’atteindre. Entre temps, le petit escalier d’après 1876 le long de la maison n’ était plus à la hauteur. En deux temps trois mouvements l’échelle aurait respecté les règles de sécurité élémentaires. Si monter sur une échelle était parfaitement conforme, la législation moderne interdisait pourtant d’y travailler. Le sachant, l’autorité de tutelle envoyait une nacelle à bon escient. Perdu dans l’ancienneté du quartier, le véhicule cherchait désespérément par où la fumée pouvait bien sortir ! La nacelle, il fallait bien le constater, n’avait pas le bras assez long. Laissée tombée par la Mairie, la cheminée disparaissait pour un temps de son ordre du jour. Il faudra un changement de personnel politique pour remettre la cheminée sur le tapis. Trouver le trou devenait alors de plus en plus un besoin impérieux.

Le trou trouvé au bout de 3 ans !

A plus forte raison, monter à l’échelle devenait trop risqué. Passer par le haut de la falaise exigeait l’autorisation du privé. De plus, se frayer un chemin taillé dans la broussaille n’était pas sans danger. Ignorant ses risques et périls, le trou finalement s’est montré sous son vrai jour. Chapeauter le conduit de la cheminée mobilisait cette fois-ci une nacelle à la hauteur. Total résultat : d’une demie-journée nécessaire pour monter à l’échelle, la nacelle s’était faite attendre trois années pour boucher le mème trou.

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Protection du conduit de la cheminée
M. Matisse, serrurier de la ville de Pontoise planifie la protection du conduit de la cheminée (Crédits JF Doucet)
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Métrage de la cheminée du four de l’Hermitage
Pour éviter la chute de gravillons par la cheminée, le conduit sera recouvert. Il protégera également de la pluie
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Une nacelle pour chapeauter le four de l’Hermitage
Pour des raisons de sécurité, une nacelle (et non une échelle) doit être utlisée pour chapeauté le four de l’Hermitage (Crédits M. Faregna)

La grille de la Mairie [2] venait enfin couronner le tout. Elle filtrait merveilleusement les petites pierres. Restait la pluie à éloigner du conduit qui prendrait encore bien des années.

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Les serruriers améliorent le four
F. Matisse et Ph Doucet intervenant sur le four. (Crédits M. Faregna).

De quoi le four était-il fait ?

Le trou de la cheminée n’améliorait que la chute des pierres : restait encore à parfaire la restauration du four. Mettre des nouvelles briques sur la sole avait fait vieillir la voûte déjà ancienne : sa chaleur grillait presque le dessous du pâton alors que la voûte peinait à rendre le dessus du pain croustillant. Equilibrer l’ancien par un matériau moderne était à envisager. Derrière les parpaings, un vide aurait été bien utile : détecter un quelconque matériau réfractaire devenait nécessaire. Des trous ont donc été percés sur les deux cotés pour scruter ce que le four avait dans le ventre. Malheureusement rien ne présage qu’on puisse combler un vide de matériau réfractaire. Finalement, le four de l’Hermitage devra s’en remettre à l’habileté des talmeliers pour disposer les pâtons sur la sole. Eux seuls savent éviter que le pain du patrimoine ne "ferre". En définitive, les talents des uns et des autres pour conserver le four en l’état est une histoire de savoir-faire.

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Percement pour endoscopie
Pour introduire la caméra endoscopique, Ph Doucet perce avec une mèche de 500 mm (Crédits JF Doucet)
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Examen endoscopique
Pour connaître la nature des matériaux du haut du four, J-G Pannet introduit une caméra endoscopique sur les parties frontale et latérale du four (Crédits JF Doucet)

Dans ces conditions, le four donne à l’Hermitage ses titres de noblesse sans château, ni comte, ni bataille encore moins de hauts-faits.

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Un dernier coup de balai
Autant travailler sur une place nette (Crédits JFD)

Du temps où le pain était cuit plusieurs fois par semaine, il ne reste que ces deux jours. C’est court pour faire-savoir au grand public que le quartier n’a pas toujours été pavillonnaire. De la maison abritant le four, il ne reste que la partie troglodytique : c’est dire que l’habitat à la fois creusé et construit du quartier risque de ne pas être évident.

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Exposition Dassé
Une courte présentation des troglodytes de l’Hermitage par F. Dassé.

Que dire alors des charrettes à ânes qui ont précédé le flot continue des voitures d’aujourd’hui ? Le passé agricole saute-t-il aux yeux pour tout le monde ?

Les billots débités à la cognée et au merlin évoqueront-ils au moins pour quelques uns l’époque où l’énergie fossile ne risquait pas de manquer ?

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Merlin et cognée
Les copeaux colorés artificiellement de la plante contrastent avec l’authenticité des anciens outils. (Crédits JFD)
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Cognée et merlin
Les gros billots sont fendus à l’aide d’une cognée sur laquelle frappe un merlin (Crédits JFD).
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Débit de bois
Les billots de la Mairie sont débités à la hache et au merlin (Crédits JFD )
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A la bonne taille
Autant les gros billots servent à monter le four en température, autant les bûches de tailles moyennes facilitent les chauffes intermédiaires (Crédits JFD).
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Le four fin prêt
Les derniers préparatifs de la veille (Crédits JFD) :

Montée en température

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La cheminée mème pas encore vraiment chapeautée permet un bon tirage (Crédits JFD)
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Allumage du four
Après un an d’inactivité, les premières chauffes chassent l’humidité (Crédits JFD).
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Montée en température
Des sarments dans du papier journal s’enflamment facilement dans un cageot (Crédits JFD).
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Signalétique
Les Services Culturels de la Mairie avaient fléché le four de l’Hermitage depuis le centre ville. (Crédit JFD)
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Installation du meuble parisien
Comme à l’accoutumée, M. Foubert installe son meuble tôt le matin. M. Dewaele lui donne un coup de main (Crédits JFD)

Le samedi M. Doisneau, [3] optait pour des boules de 400 g préparées par sa femme.

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Mme Doisneau met la main à la pâte
D’habitude Mme Doisneau tenait la boutique. (Crédits JFD)
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Boules de 400 g et farine
Farine et pâte du samedi ont été gracieusement offerts par la Boulangerie EL’O, rue de l’Hermitage (Crédits JFD)
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2 boules sur la pelle
Après scarification, les boules sont chargées sur la pelle saupoudrée de farine (Crédits JFD)
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M. Doisneau prêt à enfourner
Les boules sur une poignée de farine sont enfournées sur la pelle. (Crédits B. Lesvesque)

Cette année M. Doisneau humidifie l’air du four pour rendre la croûte croustillante et dorée.

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Ecuelle à humidifier à coté de la pelle
Cette année M. Doisneau choisit d’humidifier l’air lors de la cuisson

Ce faisant, il retarde la formation de la croûte et évite son dessèchement en surface. Il la rend plus fine et plus brillante sans se déchirer. Il garde ainsi l’humdité à coeur en limitant l’évaporation de l’eau.

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Visiteurs
L’intérieur du four attire naturellement les visiteurs. (Crédits JFD).
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Dégustation de pain
Comme chaque année, le pain est distribué aux visiteurs (Crédit JFD)
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Les talmeliers à l’Hermitage
MMs Valadon, Doisneau et Clair (Crédits JFD).
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MMs Stein, Pannet, Dewaele et M et Mme Albanese (Crédits JFD)
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Bénévoles
MMs Stein, Albanese et Pannet (Crédits JFD)
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La pâte du dimanche
La boulangerie Valadon a fourni la pâte du dimanche pour les petits pains longs
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Au creux de la roche
Pour accueillir quelques centaires de visiteurs (Crédits JFD)
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Des cyclistes goûtent le pain
Le groupe "Les sangliers du Vexin" passe par le four de l’Hermitage au cours de son entrainement (Crédits JFD)
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L’entrainement passe devant l’exposition F. Dassé
Les cyclistes débouchent du Chemin du Chou (Crédits JFD)

Les 7 pizzas du dimanche soir

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Pâte à pizza
Comme à l’accoutumée, la pâte à pizza attend les ingrédients préparés par les bénévoles (Crédits JFD)
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Autour d’un verre
MM Valadon, Doisneau et Foubert (Crédit JFD)
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Pizzas pour les boulangères
Mmes Valadon, Doisneau et Foubert (Crédits JFD)
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Les pizzas pour les bénévoles
Avec les ingrédients de chacun, 7 pizzas sont cuites à la chaleur résiduelle du four
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Tablée de voisins
Dégustation des pizzas (Crédits JFD)
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Des voisins gouttent la pizza du soir

Cette année, sans M. Barillon, [4]. les gens du quartier ont dû trouver les ingrédients aussi. Avec la chaleur restante du four, 7 pizzas ont été cuites quand même. Pour une fois, le quartier se permettait un gâchis. Seule la cendre encore chaude était laissée sur place : elle ne servirait pas d’engrais ni à repousser les limaces.

Ainsi quelques jours durant, l’Hermitage d’il y a quelques années a surgi de la cité-dortoir actuelle. Quelques centaines de visiteurs ont entre’aperçu tout un passé pas si ancien. Le temps où l’énergie était uniquement humaine ou animale a fait surface en consommant sans gâcher. [5] Sans débourser un sous, les visiteurs pouvaient goûter le résultat d’un partage entre voisins. Si besoin en était, ces journées montraient que vivre autrefois signifiait vivre autrement. En un demi-siècle, tout a vraiment changé : à l’Hermitage, comme ailleurs, les douches sont devenues quotidiennes. Le pétrole ou le carbure des lampes ont cédé la place à l’électricité [6]. Même le téléphone est devenu comme l’eau affaire courante. Il passe à la fibre maintenant comme si de rien n’était.

Face aux défis à venir, l’avenir a déjà changé

ll était temps de constater que l’avenir s’est rapidement bouleversé : déjà en 1876, le percement de la rue a désenclavé le quartier. En diminuant la déclivité, les charrettes à âne sont montées plus facilement. De nos jours, des chevaux sous le capot remplacent les ânes bien entendu. Cet apport énergétique permet d’aller chercher sa pittance bien plus loin. Près de chez soi, la parcelle de terrain reste pour la bonne bouche. Personne ne gagne plus son pain à la sueur de son front. Tout le monde part dans la vie avec un métier en main. Pour l’exercer, une ribambelle de bagnoles déboulent dans les deux sens soir et matin. La main d’oeuvre motorisée devient une armée de citadins. Bardés de fer, à l’étroit dans la rue, deux voitures nez à nez devient la croix et la bannière. Sans compter les poids-lourds qui entrent dans la danse. Menés par le bout de leurs GPS, ils passent carrément sur le corps du passé.

L’Hermitage vaut déjà son pesant de savoir-faire

Faut-il le regretter ? Depuis longtemps, famines et épidémies ne sont plus qu’un souvenir lointain. Mortalité infantile et décès en couche ne sont que l’exception. Dans ces conditions, le quartier n’a plus qu’à hériter sans ingratitude et transmettre ! C’est oublier qu’il a modifié profondément son propre cadre de vie. Mais il est la preuve tangible qu’il peut encore s’adapter. Sa survie dépend d’une nouvelle variable cachée : le climat. Sur notre unique planète, une menace, sous un ciel serein, s’est invitée à la table des convives. Désormais, personne ne peut passer les plats au voisin sans tenir compte du dérèglement climatique. Oubliant (un peu) ses propres intérêts, chacun devra écouter le concert des nations avant de jouer sa propre mélodie. il renoue par là avec le passé : pour vivre de ses productions maraîchères, l’Hermitage composait déjà avec les aléas climatiques. Ses habitants vivotaient alors à l’économie en partageant parcimonieusement le peu qu’ils avaient. A peu de frais aussi, il a vécu ainsi deux jours durant : c’est là son reste de patrimoine.

 [7]

Notes

[1] Intervention de M. de Wolbock, Ph Doucet et de J-G Pannet

[2] Remercions les Services Techniques qui ont renforcé la porte du four de telle sorte qu’elle ne puisse s’ouvrir facilement

[3] appartenant à la 3ème génération de boulangers de sa famille, M. Doiisneau a été récemment intronisé dans la Confrérie des Talmeliers,

[4] Pâtissier du 4ème âge, M. Barillon apportait tous les ans les ingrédients de la pizza de fin de manifestation. Que Gaby et Anne-marie Doucet-Dahlgren soient ici remerciés d’avoir supplée à cette absence

[5] L’économie circulaire ne s’assigne pas d’autres buts

[6] Rappelons que le premier pilône électrique a été dressé en 1926 à l’angle de ce qui était la rue du Haut-de-l’Hermitage et de la rue de l’Hermitage

[7] Remerciements

Bénévoles About, C. About, F. Albanese, M. et Mme. Arcival, D. Bourgeois, J.-P. Dahlgren, B. Dewaele, J. Doucet, JF. Doucet, Ph. Doucet-Dahlgren, AM. Hérin, C. (et sa maman). Levesque, B. Pannet, J-G. Renevey, P. Sablé, J.

Organisations :

Service Culturel de la Mairie de Pontoise : Callandreau, AF.

Office du Tourisme (causerie du 14 Sept à la Maison du four à pain) : Fournier D., Leroy-Kowalk, S. Martinez P., Perrin A. Prévot P.

Commune libre de St Martin : Bazot, R.

Talmeliers de l’Ile-de-France Clair, J-p. Doisneau, M. et Mme. Foubert, M. Valadon, J.

Hermitage-Pissarro : Faregna, M. (Président).

Exposition :

Dassé, F. "Le passé troglodytique de l’Hermitage".

Commerces

Boulangerie EL’0 pour 2 bacs de pâte du samedi.

Pâtissier Traiteur J. Valadon, Chocolatier pour 4 bacs de pâte du dimanche.

Bar de l’Hermitage : Capela, AM.

Officiels

Seimbille, G. Maire-Adjoint de Pontoise. Stein, P. Maire-Adjoint de Pontoise.

Remerciements à tous les visiteurs qui ont fait le succès de cette manifestation.

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