La maison du four à pain
Accueil du site > Dans le quartier de l’Hermitage > Château-Verger, Château Belger, Château-Belget ou du Berger ?

Château-Verger, Château Belger, Château-Belget ou du Berger ?

lundi 27 mai 2013, par Jean-francois Doucet

Château-Verger : un château de légende ?

Les variations sur la désignation du lieu-dit ” Château Verger” sont nombreuses ! Ainsi, Château-Verger apparaît dans un acte notarié de la Maison du four à pain : "une maison située à Pontoise quartier de l’Ermitage, lieu le chateau Verger ayant une entrée sur la sente des voiriers et une sortie sur le chemin du Château Verger ; composée d’une maison d’habitation, chambre et grenier dessus, grange à côté couverte en chaume, cellier, étable à vaches, étable à porcs le tout taillé dans le roc, cour & petit jardin clos de murs, tenant par devant la sente, par en haut le chemin, d’un côté Vincent Maitre, d’autre côté Denis Dubray."

(Bail à rente de 1850 - Transcription D. Arcival et JF Doucet)

JPEG - 59.5 ko
"Chateau Verger"
Graphie de Chateau Verger dans l’acte de vente du 13 Janvier 1620 des Rentes du Carmel (ADVO2E !!_202.- Transcription D. Arcival, JF Doucet)

Mais N. Taillepied [1] utilise ” Chateau Belger ” pour désigner l’endroit :

”On voit encore aujourd’hui à vue d’oeil les ruines de l’un des chasteaux, l’autre qui est encore en estre ; ce chasteau ruiné s’appelle le chasteau Belger, et par la succession des temps que le langage s’est corrompu par la descente des Romains, Gots, Visigots et Ostrogots, on dit Verger pour dire Berger par changement de lettres, comme i l advient souvent qu’on se sert d’un V pour un B et d’une R pour une L, et au contraire.”

Op. Cit. P 73

Sans qu’il soit possible de douter de l’endroit où se trouve ce ”Chasteau Belger”, l’origine de son nom est pour le moins fantaisiste :

“Ce chasteau ruiné est sur un rocher en un coin de montaigne, tout devant la place de Maubuisson, de l’autre costé de la rivière ou il y a encore plusieurs petites maisons au bas des ruines, sur le chemin par ou on va de la ville au village d’Auvers. Quand Jules César subjugua au domaine des Romains toute la Gaule Belgique, il assiégea ledit Chasteau Belger, qu’il fist démolir estant entré dedans mais l’autre qu’on nommoit Mont-Belgien, et par corruption de langage Montbelien, ne fut point ruiné ni les maisons d’alentour, mais demoura en son entier comme on le void de présent.”

Op. Cit. P 73

Un roi légendaire nommé Belgius

En fait, N. Taillepied fait allusion à “Belgius” roi de Gaule qui aurait donné son nom à la Belgique après avoir fondé la ville de Pontoise : “Qu’entre autres rois de Gaule, fut un nommé Belgius, quatorzième roy, duquel une partie de la Gaule est dite Belgique et en ce pays fonda une ville à l’entour de laquelle le pays est de lui appelé Belgassin, qui est le pays ou est située et assise nostre bonne ville de Pontoise. Or, pour faire ample description de cette ville, il est plus que raisonnable, de traicter premièrement du pays ou elle est située, à scavoir du Vequecin[3], ainsi appellé comme dit est, de Belgius, roi de Gaule, pour ce que en ce pays ledit prince fit son séjour et demeure ordinaire pour la plus part de sa vie, et a bon droit car c’est la terre la plus grasse et plus fertile qui soit en la France quant à toutes sortes de commodités requises pour la nécessité des vivres.”

PNG - 113.3 ko
La Gaule Belge

Malheureusement, le Roi Belgius est, semble-t-il, une légende ce qui rend peu crédibles les étymologies utilisant son nom. Faire dériver le nom de la hauteur sur laquelle s’est édifiée Pontoise, le “Mont bélien”, d’un Mont-Belgien exige de N. Taillepied d’autre part une bonne dose d’imagination.

JPEG - 118.8 ko
Plaque de rue au nom du Chateau Belger

Quoiqu’il en soit, les variations du terme ” Château-Verger ” en Château Belger [2] subsiste encore de nos jours lorsque le cadastre ne se risque pas à un ” Chateau du Berger” qui n’est pas sans rappeler N. Taillepied.

JPEG - 582 ko
Chateau du Berger
Cadastre récent où le lieu-dit "Chateau-Verger" est désigné par "Chateau du Berger"

Quoiqu’il en soit, Château Verger [3] est mentionné dans l’acte du 1 Sept 1642 :

C’est assavoir une petite maison, cour carrière estable à vache jardin et vingne y attenante le lieu comme il se comporte, le tout clos d’un Mur assiz andict chasteau Verger, que tenoit en possession cy ducdit Jean Rousseau Mannouvrier(3) dmt [1]audit lieu, sur quoi il auroit retourné(4), faulte de payement des rentes par luy dubus, tenant d’un costé et des deulx bouts ladite bailleresse, d’aultre costé la sente  [4]

"le tout clos d’un Mur assiz andict chasteau Verger,"

signifierait que la Maison du four à pain et Chateau Verger [5] avait un mur mitoyen.

JPEG - 752.8 ko
Chateau Verger d’A. d’Hastrel
La position dominant l’Oise du lieu-dit "Chateau Verger" lui conférait un intérêt stratégique.
JPEG - 507.3 ko
Au lieu-dit "Le Chateau Verger" (vue actuelle -2011)
Derrière l’éperon traversé par la rue A Le Moine (anciennement rue du Haut-de-l’Hermitage) se trouve la demeure d’A. d’Hastrel de Château Verger
JPEG - 360.2 ko
Habitations troglodytiques derrière le Chateau-Verger de d’Hastrel
En arrière plan, une habitation semi-troglodytique, puis la dernière habitaton encore habitée. (Etat actuel 2008)

Et si la légende avait quelque chose de vrai ?

Tout pourrait, en l’état, rester une belle légende si Mme Sabine Robert, [6]après avoir cité N. Taillepied ne mentionnait dans son mémoire [7] les anomalies parcellaires repérées sur le cadastre qui pourraient signaler la présence d’un lieu fortifié.

PNG - 65.1 ko
Anomalie parcellaire
La parcelle 665 à contours arrondis du cadastre napoléonien (1816) contrastant avec les parcelles rectangulaires pourrait-être les traces d’une fortification à l’Hermitage (Crédits JF Doucet)

Ces anomalies viendraient confirmer l’existence de ruines apercues par N. Taillepied au XVIème siècle. De plus, la vue d’Israël Silvestre, (1621-1681) figure en arrière plan une petite tour qui pourrait appartenir à ce Château-Verger.

PNG - 273.3 ko
Fortification de Chateau-Verger ?
Les tours représentées par I. Sylvestre (1621-1681) en arrière-plan pourraient être celles de Chateau-Verger (Crédits JF Doucet)

[...] Mais seules des données archéologiques ou des mentions archivistiques permettraient de préciser l’origine et la nature de cet édifice et, ainsi, de confirmer ou d’infirmer la légende.

Notes

[1] dans ”Les antiquités et singularités de la ville de Pontoise”, de 1876

[2] R. Perrin dans une entrevue du 21 Juin 2013 croit se souvenir d’une ruine se trouvant dans le coude de la rue du Château Belger (actuelle) sans pour autant pouvoir préciser ce dont il s’agissait.

[3] Une visite à Mme Danion du Service Archéologique de Maubuisson le lundi 1 juillet ne nous a apporté que peu de renseignements nouveaux sur un éventuel château au lieu-dit “ le Château-Verger “. 5 caractéristiques du lieu-dit extraites du document SDAVO 95 500 1033 :

1.-Le fief du Château Verger possèdait 7 maisons et des terres.

2.- Avant la période que nous connaissons (les Carmélites) le fief appartenait à C. Guilbert (sous Louis XI 1423 - 1483).

3. Une déclaration du fief Boivin lui donne son véritable nom Chateau Verger .

4.- il n’y a jamais eu de forteresse sur ce lieu.

5.- Les caves sous la rue du Haut-de-l’Hermitage sont très anciennes.

S’il n’y a jamais eu de forteresse comme celle de Pontoise, l’intérêt stratégique du lieu en hauteur surplombant l’Oise pourrait en faire un refuge quasi naturel dans les caves et habitations troglodytiques comme cela s’est produit pendant la Seconde Guerre Mondiale. Malheureusement, ce ne sont que suppositions : les documents sur ce point font cruellement défaut.

[4] Acte de constitution du 1 Sept 1642 des Rentes du Carmel de Pontoise & Donation du fief de Château Verger -1620.- page ¼ (63). ( Transcription D. Arcival –JF Doucet )

[5] Dans un acte notarié de 1925 de la "Maison rouge", le terme " Chateau-Belget" est utilisé.

[6] Maître de Conférence au Centre de Recherche Historique, à la page 43 de son mémoire de DEA intitulé “L’étude des formes paysagères en milieu urbain : l’exemple de Pontoise (Octobre 1997)

[7] Que M. F. Dassé, étudiant en archéologie soit ici remercié de m’avoir signalé ce mémoire si important pour l’histoire locale de notre quartier

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0